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Le péril caché

A

ttention danger. Un péril que chacun, hélas, fait mine d'ignorer, menace la Tunisie. Il s'agit de l'exode de ses élites vers l'étranger. Car de plus en plus celles-ci abandonnent leur sol natal pour des contrées, la France et l'Allemagne notamment, où elles trouvent sans difficulté travail, bons salaires et accueil. Ainsi, pour ne prendre qu'un exemple, 572 médecins ont quitté leur nation de 2015 à 2018.
D'apparence on pourrait se réjouir de cette émigration des cerveaux : elle prouve l'excellence de la formation supérieure donnée en Tunisie; elle contribue à la renommée du pays; elle est dans le vent de l'Histoire à l'heure de la mondialisation et de la mobilité de la planète. De nos jours la jeunesse ignore volontiers les frontières et se fixe là où, croit-elle, son destin l'appelle.

Mais se réjouir de ces départs est un leurre. Car comment ne pas reconnaitre que cette hémorragie est également le symptôme d'une désespérance? Le flou politique qui persiste, la permanence d'un chômage de masse, la baisse du niveau de vie comme l'atmosphère de découragement général qui règne sont autant d'explications à cette expatriation des élites. Il est une autre réalité, celle-là moins connue.

La formation de ces jeunes gens n'est évidemment pas gratuite : elle est assurée par l'Etat et donc assumée financièrement par le contribuable tunisien. Ainsi le coût d'un ingénieur est de 25 000 dollars. Or, depuis 2011, 6 800 ingénieurs, principalement des informaticiens, se sont expatriés !

On le comprend : cette situation n'est plus supportable. Il convient d'y mettre fin. Non par la coercition, illusoire et inefficace. Mais par des campagnes de sensibilisation et de mobilisation où doit dominer l'appel au sens civique et à la conscience individuelle. Sinon, c'est prendre le risque d'entendre dans quelques années monter ce cri de révolte : Tunisie, qu'as-tu fait de tes élites ?

Edito